Un avis inattendu sur la monarchie
Message deUlianov (VR)12-01-02 :
Trouvé ça dans "Mon combat" d'Adolphe, sur l'idée monarchique, en version intégrale sur un site web.
Note aux ceusses que ça effraierait : On peut très bien trouver pertinentes certaines idées du sus-nommé, sans les partager pour autant.
"On aimait l'Allemand, parce qu'il était très utilisable, mais
on l'estimait peu, justement en raison de sa faiblesse de caractère. Ce n'est
pas étonnant si, plus que dans la plupart des autres peuples, l'Allemand
perdait sa nationalité et sa patrie.
Ne dit-il pas tout, ce beau
proverbe : « Le chapeau à la main, on peut traverser tout le pays. »
Cette souplesse accommodante
devint pourtant néfaste lorsqu'elle s'appliqua aux formes seules admises pour
se présenter devant le souverain : ne jamais contredire, mais toujours
approuver tout ce que daignait exprimer Sa Majesté. Or, c'est justement là
qu'eût été le plus utile, la libre manifestation de la dignité humaine ; la
monarchie mourut d'ailleurs de ces flagorneries, car ce n'était rien d'autre
que de la flagornerie.
Seuls, de misérables
flatteurs et des êtres visqueux en un mot, une bande de décadents qui se
sentaient plus à l'aise auprès des trônes les plus nobles de tous les temps que
les cours loyaux dignes et honorables, ces décadents regardaient comme la seule
admissible cette attitude vis-à-vis des têtes couronnées !
Ces créatures, sujets plus
qu'assujettis, ont en tous cas montré, d'un côté, une pleine soumission à
l'égard de leur seigneur et nourricier, d'autre part, et de tout temps, la plus
grande impudence vis-à-vis du reste de l'humanité, impudence qu'ils ont surtout
témoignée lorsque, effrontément, ils se sont plu à se donner vis-à-vis des
autres pauvres gens, comme les seuls monarchistes.
Véritable effronterie comme
n'en peut montrer qu'un ver, noble ou non ! Car à la vérité, ce sont ces hommes
qui ont encore été les fossoyeurs de la monarchie et surtout de l'idée
monarchique. Et il n'en peut être autrement : un homme qui est prêt à agir pour
une cause ne sera jamais un sournois ni un flagorneur sans caractère.
Celui qui tient à
sauvegarder et à faire prospérer une institution, celui-ci s'y attachera par
les dernières fibres de son cour et ne s'en détachera pas même s'il y découvre
quelque défauts. En tous cas, ce n'est pas celui-là qui récriera à la ronde, et
publiquement comme l'ont fait, le mensonge à la bouche, les démocratiques «
amis » de la monarchie ; il avertira au contraire très sérieusement Sa Majesté,
elle qui porte la couronne, et il cherchera. à la persuader. Il n'admettra pas,
et ne se reconnaîtra pas le droit d'admettre que Sa Majesté reste libre d'agir
encore selon sa volonté, même si cela doit conduire et conduit manifestement à
quelque malheur en pareil cas, il devra, au contraire, protéger la monarchie
contre le monarque, quelque danger qui puisse en résulter.
Si la valeur de cette
organisation reposait dans la personne du monarque du moment, cette institution
serait la pire que l'on puisse imaginer.
Car les monarques ne
constituent que bien rarement une élite de sagesse et de raison, ou même
seulement de caractère comme on voudrait se les représenter. Seuls, pourraient
admettre ce point de vue, les professionnels de la flatterie et de la fausseté,
mais tous les hommes droits - et ce sont là les hommes les plus précieux dans
un Etat - se sentiront rebutés à l'idée même d'avoir à repousser du pied une
telle sottise. Pour eux, !'histoire est l'histoire, la vérité est la vérité,
même quand il s'agit de monarques. Non, le bonheur d'avoir dans un grand
monarque, un grand homme, n'échoit que si rarement aux peuples qu'ils doivent
être déjà satisfaits, si la malice du sort leur épargne pour le moins les plus
funestes de ses attaques.
La valeur et l'importance de
l'idée monarchique ne reposent donc pas sur la personne du monarque lui-même ;
seul le ciel décide de poser la couronne sur les tempes d'un héros génial comme
Frédéric le Grand ou d'un sage comme Guillaume Ier. Ceci se produit une fois
dans un siècle, rarement plus souvent. Mais ici encore l'idée domine la
personne, et le sens de cette organisation ne doit résider que dans
l'institution prise en elle-même.
De ce fait, le monarque
tombe au niveau d'un serviteur. Lui aussi n'est plus qu'une roue dans la machine
et a des devoirs vis-à-vis de celle-ci. Lui aussi doit, dès lors, se plier
devant des exigences supérieures et monarchiste » n'est plus celui qui laisse
silencieusement le souverain couronné commettre un crime à l'égard de sa
couronne. Le monarchiste, c'est celui qui l'en empêcherait.
Si le sens profond de
l'institution n'était pas dans l'idée, mais, à tout prix, dans la personne
consacrée, on n'aurait même pas le droit de déposer un prince qui donnerait les
signes de l'aliénation mentale."