Cogitations sur
république et démocratie...
Quelques réflexions sur l'adversaire faites pendant les temps libres d'un voyage professionnel...
Si l'on admet comme définition de principe de la Monarchie
celle de Térence "Un Dieu, un Roi, une Loi" (je suppose que par
"la Loi" il entend les 10 Commandements), qui pose les règles de vie
et l'origine du pouvoir pour les appliquer, il faut rechercher l'équivalent
dans la vision républicaine du monde, pour que le combat soit clair.
A mon avis, l'équivalent républicain homogène, c'est la
souveraineté du "peuple" (qui substitue Dieu - quoique pour la
substitution de Dieu l'écologie récemment inventée soit sur le point de
remplacer les cogitations de Robespierre - et le Roi), et la règle c'est la
satisfaction de ses "besoins vitaux" (qui substitue la Loi), besoins
vitaux assimilés rapidement aux "plaisirs" selon les
"Lumineux" du 18ème. La définition de principe de la république
serait donc "Le peuple et ses désirs", la définition de la
"liberté" républicaine étant évidemment celle de satisfaire ses
besoins ou désirs quels qu'ils soient.
C'est d'ailleurs tout le sens des "Lumières" du
18ème siècle, qui orientaient la société vers la satisfaction des besoins et
désirs des individus bien plus que vers la démocratie. Le problème de la
république, au sens de celle engendrée par les "Lumières" depuis 210
ans, c'est que la satisfaction des "besoins et désirs" du peuple
implique immédiatement et nécessairement la notion d'égalité, puisque le réservoir
de ressources fournissant la satisfaction des "besoins et désirs"
n'est pas, et ne peux pas être, infini..... Or cette notion d'égalité ne
"passe" pas, et ne peut pas "passer", puisque l'égalité est
totalement antinaturelle, tant que l'on n'aura pas créé un homme
"nouveau" ou que nous ne serons pas tous clonés et ce n'est pas
demain la veille, du moins peut - on l'espérer.
Donc, la république bute sur ce problème fondamental
insoluble : en niant la valeur divine de l'homme, en transférant au "peuple"
- immatériel et non définissable, contrairement au Monarque - le pouvoir
conceptuel dépassant l'individu, et en ramenant - abaissant - celui-ci à ses
besoins et désirs, elle a impérativement besoin de l'égalité et celle ci
n'existe pas.
Pour s'en sortir et éviter que le système égalitaire
antinaturel n'explose, la république a inventé la démocratie et le suffrage
universel, qui n'apparaissent donc pas comme les éléments de principe de la
république, mais comme la conséquence de sa contradiction fondamentale. En gros
pas plus que la soupape de sécurité d'une cocotte minute. Il existe d'ailleurs
des républiques qui fonctionnent sans suffrage universel, avec comme solution à
la contradiction fondamentale le recours à la force et à la terreur : la France
elle-même y a eu droit, moins longtemps que quelques autres populations plus
récemment...
Il me semble en résulter trois conséquences, si l'on veut
agir en vue du rétablissement à terme de la Monarchie :
-> La première est qu'il faut aussi - et peut être surtout
- mener le combat au niveau du concept de base (Dieu, Roi, Loi). Si le bloc de
gauche paraît uni, c'est parce que sur le fond, ils sont tous d'accord sur
"Le peuple et ses désirs" - c'est démagogique donc plus facile - et
qu'ils en assument les contradictions et conséquences, y compris de terribles
dictatures qu'il leur faut 30 ans pour mollement désavouer... Et à
"droite", dans sa définition actuelle ici, les 3/ 4 ne sont
probablement pas vraiment contre...
-> La seconde est que l'effondrement spontané de la
république démocratique et électorale est impossible : si la pression devient
trop forte, on fait marcher la soupape, comme dit Térence on amuse la galerie
par quelques jeux du cirque électoral, et la pression tombe.
-> La troisième est que le temps est peut être compté,
car s'il est difficile de croire sous peu à un homme cloné généralisé - quoique
le découplage sexualité/ reproduction aille globalement dans le sens de l'homme
fabriqué en usine - il est bien moins clair que la création de l'homme "nouveau"
ne soit pas en route à vitesse accélérée. Cet "homme nouveau"
pourrait résulter assez rapidement de la conjonction des forces républicaines
et des forces économiques, déclinées par leurs applicatifs médiatiques, qui
toutes ont besoin de cet individu égalitaire qui ne serait que besoins à
satisfaire. Le consommateur planétaire totalement banalisé (accessoirement
meltingpoté par le métissage total, c'est encore mieux) dont les
multinationales globales ont besoin est le parfait citoyen de base égalitaire
dont la république - éventuellement universelle - a besoin. Et la nouvelle
religion écologique va rapidement dans ce sens.
Comme il faut l'égalité et que les hommes ne sont pas
égaux, il faut changer l'homme. Bill Gates (c'est ennuyeux, et cher, que les
logiciels ne soient pas tous en anglais), Ted Turner (c'est ennuyeux, et cher,
de faire Cnn en espagnol en Amérique du Sud), Robespierre (c'est ennuyeux que
les Vendéens ne soient pas républicains) et Lénine (c'est ennuyeux que les
paysans ne soient pas communistes), même combat, mais les deux derniers ne le
savaient pas et n'en avaient cure que ce soit cher....
Donc le temps, avant l'aboutissement du grand rabotage
unificateur métissant et égalitaire, complété par la religion de gaia, est très
probablement compté.
******************
Or l'abstention conduit à la perpétuation du système,
puisque la soupape électorale fonctionnera librement et infiniment quelle que
soit cette abstention (d'autres ont déjà dit que le système se contentera de
quelques % de votants, ce sur quoi je suis tout à fait d'accord puisque le but
n'est pas de représenter mais de soulager la pression).
La seule issue est d'utiliser l'image
"commerciale" que l'on a donnée au suffrage universel : la
représentativité. En effet, si le suffrage universel n'est en fait que le moyen
technique de faire tenir un système intenable, réalité qui n'est pas très
présentable aux foules, il a été "vendu" aux populations comme un
moyen de les représenter, et donc accessoirement de choisir ceux qui ont le pouvoir
(d'où tous les vices déjà évoqués du pouvoir en résultant). Et depuis 210 ans,
les populations ont fini par croire en ce système représentatif, même si celà
nécessite une bonne dose de cécité. Même des monarchistes confondent république
et démocratie, alors que la seconde n'est que la béquille qui permet à la
première de tenir debout (la terreur marche quand même moins bien)...
Donc les monarchistes doivent dire : "Chiche" et
jouer vraiment la représentativité de l'élection, même en étant conscient que
cette représentativité prétendue n'est pas son essence mais son image
commerciale. Et en cassant l'image de la béquille, donc la béquille elle même
dans notre monde virtuel - avec 15% de votes monarchistes l'image et la chose
seraient pulvérisées - la république aura un gros problème de maintien. En
plus, on ne laissera pas le champ libre aux forces du Mal...
Je ne vois vraiment pas d'autre solution dans le contexte
actuel, sauf à croire au miracle politique. Je crains que l'on n'ait pas le
temps de l'attendre, avant d'être tous reformatés en consommateurs planétaires
homogènes, égaux, républicains, métissés et démocrates. Et quand ce sera fait,
et à la limite par le clonage physique si les médias ne suffisent pas, quelle
issue pour les rebelles au traitement ?
Donc il faut vôter, douloureusement, consciemment, mais il
faut y aller. Tant que l'on peut...
Bernard Gantois (VR) 06-04-01.