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Entretien courtois avec S.A.R. le Prince Sixte Henri de
Bourbon-Parme
« En France,
le Roi ne meurt pas ! »
Le Libre Journal : Monseigneur, comment vous
situez-vous dans le contexte monarchique actuel ?
S.A.R. Sixte
Henri de Bourbon-Parme : D’abord, essentiellement comme un
témoin de la tradition monarchique de notre pays.
La France est
née et s’est constituée autour du concept monarchique, à partir du
baptême et de l’onction de Clovis d’abord, puis surtout à travers la
continuité monarchique capétienne.
Aujourd’hui nul
ne peut s’en prétendre héritier légitime au regard de l’ensemble des Lois
fondamentales du Royaume, et plus particulièrement de la première, la
plus fondamentale d’entre elles, illustrée par le principe de
continuité : « Le Roi ne meurt pas en France. »
Le cérémonial
prévoyait en effet, dès l’annonce officielle de la mort du souverain, la
désignation immédiate de son successeur.
Alors que la
cour paraissait en grand deuil, un héraut, tout de rouge vêtu, s’avançait
vers l’héritier du trône et prononçait la phrase célèbre à l’intention de
la foule en le désignant : « Le Roi est mort. Vive le
Roi ! »
Il n’existe
donc pas de légitimité dynastique sans cette continuité. C’est cette
particularité de la Maison capétienne qui créa et entretint la légitimité
et fut un exemple pour toutes les monarchies européennes : ce fut
celle qui en est à l’origine.
Tous les autres
monarques européens furent en fait des "parachutés". Si l’on
songe, par exemple, à la dynastie des Habsbourg, on doit se rappeler que
son origine est bourguignonne par la mère de Charles-Quint. C’est à cette
appartenance "Bourgogne" que l’on doit rattacher la grandeur
initiale de cette dynastie.
Aujourd’hui,
nous constatons donc une rupture historique dans cette continuité
monarchique, ce qui s’oppose au principe de continuité et rend donc
caduques les prétentions à une quelconque légitimité monarchique.
Nous sommes
donc aujourd’hui un témoin capétien d’une situation politique sociale et
religieuse où nous n’avons charge d’aucune responsabilité, du moins dans
l’immédiat. Nous sommes le reflet d’une mémoire génétique : celle de
la mémoire du passé, porteuse de l’intuition des ancêtres. Nous sommes un
passage communiquant de cette tradition.
Historiquement
le Prince est proche des laboureurs(1) :
c’est en creusant le sillon que l’on découvre la richesse, que l’on crée
les conditions pour que le grain pousse.
C’est la
manifestation de la volonté créatrice, liée à la capacité du Prince à
s’associer la collaboration de personnes qui, sans "percer" par
elles-mêmes, auront acquis les capacités dont il est le tabernacle, qui
lui permet de mener à bien sa tâche. C’est cette mission du Prince qui
est en soi passionnante.
On peut
illustrer ce propos par l’exemple d’Ivan IV, qui sut, en parcourant
les villages de la Principauté de Moscovie, rallier les jeunes de talent
et constituer la première armée qui lui permit de débarrasser le pays des
occupants (en premier lieu le khan tatare de Kazan) et des parasites
(surtout les marchands hanséatiques), étendant ainsi, depuis la Moscovie,
son influence sur l’ensemble du territoire de la Russie naissante.
« La
mission du Prince est exaltante »
L.L.J : Vu
les menées politiques européennes, d’une part, et la régionalisation, de
l’autre, pensez-vous que le concept de nation, tel qu’il apparaît au
lendemain de la Révolution et au XIXe siècle, soit encore
d’actualité ? Sinon par quoi peut-on songer à le remplacer ?
S.A.R
Sixte : La situation politique actuelle n’est pas sans rappeler
la situation décrite dans la jeunesse d’Ivan IV : les marchands
sont les multinationales qui inféodent les hommes politiques à leurs
diktats financiers ; quant aux envahisseurs tatares...
Contre l’invasion,
et la mondialisation concomitante, il apparaît aujourd’hui nécessaire de
réinventer notre géopolitique, de revenir au mare nostrum initial,
de remonter à nos racines historiques, de nous rencogner à notre
environnement géographique immédiat : l’Italie, la péninsule
Ibérique et, pourquoi pas, le Maghreb si nous y conservons encore un
certain crédit après la mort des harkis...
On ne peut
oublier, en effet, que l’Espagne du XVe siècle, alors le
pays le plus puissant du monde, était le lieu d’un brassage ethnique
formidable avec les populations essentiellement berbères, d’origine
maghrébine, et ce depuis sept cents ans.
Ainsi, dans les
principautés de Navarre et du Léon, on observe que de nombreuses alliances
furent contractées avec des princesses d’origine musulmane. Tel fut aussi
le cas de la famille de Courtenay, dont la branche Anjou compta par la
suite des basileus à Byzance...
Le concept de
"nation", que l’on doit à Lazare Carnot, est d’essence jacobine.
Tout ce qui se prétend nationaliste conserve en fait un relent de
jacobinisme. C’est ce que l’on retrouve dans l’idée de conscription
obligatoire et de service militaire. C’est ce concept qui est à l’origine
de nombre de guerres particulièrement meurtrières dont la République,
comme l’Empire qui en fut une émanation directe, fut à l’origine.
Le roi avait le
souci de la vie de ses sujets... et la conscience chrétienne de leur
nature. Les troupes étaient relativement rares et, autant que faire se pouvait,
toujours "économisées".
La conscription
allait fournir une masse de troupes jeunes, quasi inépuisable, qui allait
accroître fortement le monde militaire et générer des guerres ; la
guerre apparaît historiquement liée au développement de la "vie militaire",
et au mépris de la vie humaine manifesté par des régimes politiques
nouveaux athées. Nous illustrerons ce propos par la réplique célèbre de
Napoléon parcourant le champ de bataille au soir de la boucherie
d’Eylau : « Une nuit de Paris réparera tout cela ! »
Certes, la
régionalisation préparée par le gouvernement républicain est
artificielle :
- de
nombreuses régions sont bâtardes, comme "Champagne-Ardennes" ou
PACA ;
- d’autres
sont amputées dans leurs limites historiques traditionnelles, comme la Normandie
- artificiellement coupée en deux - ou la Bretagne amputée de la
Loire-Atlantique.
Il n’en demeure
pas moins qu’en l’état actuel des choses la régionalisation est un bon
moyen de lutte contre le jacobinisme.
Par ailleurs,
il est clair que l’idée monarchique est beaucoup plus légitimée par une
explosion régionale que par un centralisme parisien. Pour y parvenir, il
est souhaitable de développer un système de rencontres locales avec les
"notables" et de se rendre plus accessible aux populations, ce
qui nous rendra plus acceptable. Par des contacts régionaux multipliés,
on peut mener une véritable "politique antibiotique" :
s’il n’est pas plus facile de se faire des amis dans un contexte
régional, il est beaucoup plus difficile de s’y faire des ennemis.
Il faudra,
parallèlement, pour assurer une certaine cohésion indispensable à cet
ensemble de régions, favoriser les contacts inter-régionaux...
L.L.J :
Quelles perspectives envisagez-vous pour le proche avenir ?
S.A.R
Sixte : Il est de plus en plus difficile de faire des prévisions
à court terme, compte tenu de l’instabilité politique et économique
croissante, phénomène de plus en plus courant...
Ainsi, qui
aurait cru, en avril 1968, que les ministres de la République confortablement
installés dans leurs fauteuils feraient la queue un mois plus tard pour
trouver de l’essence et partir à la recherche de De Gaulle qui, lui,
était allé chercher refuge auprès de Massu en Allemagne ?
L’histoire nous
a montré qu’en République aussi « toujours l’inattendu arrive »
et même l’impensable... Tout peut changer très vite, même le régime.
C’est inhérent à la nature politique des concepts suivant lesquels nous
sommes gouvernés.
De même, la
reconstruction catholique par les chrétiens ne saurait, aujourd’hui, être
pressentie, mais il faut l’envisager avec foi.
Ainsi, je me
demande si l’installation du monde musulman en Europe ne va pas provoquer
une réaction du monde chrétien, car l’islam est générateur d’une
contre-culture de résistance. Actuellement le clergé pactise au moins
passivement avec cette subversion religieuse, mais pour combien de
temps ? Souvenons-nous de la réponse de Mussolini à la demande d’une
mosquée à Rome : « D’accord, si nous pouvons construire une
cathédrale à La Mecque ! »
Je crois à la
réalité de l’action de petits noyaux de catholiques animés par les
prêtres de la tradition. C’est une condition nécessaire à la lutte contre
l’anticulture mondialiste.
Je crois aussi
à la nécessité de maintenir un droit de regard régalien sur la nomination
des évêques. C’est un vieux réflexe gallican, certes, mais il apparaît
aujourd’hui indispensable à la rechristianisation de la France sur des
bases saines.
« En
République, toujours l’inattendu arrive »
L.L.J :
Comment analysez-vous les problèmes liés à l’islamisme et à l’hégémonisme
américain en Asie centrale et au Moyen-Orient, régions que vous
connaissez particulièrement bien ?
S.A.R
Sixte : Les Américains pensent réussir à terme dans la pratique du
saucissonnage politique. Rien n’est moins sûr.
J’ai été
mandaté, notamment en Abkhazie, par des responsables locaux : il est
clair que la politique américaine n’est dictée que par la satisfaction de
ses intérêts hégémoniques à court terme.
L’affaire
d’Afghanistan ne visait qu’à la satisfaction de leur mainmise sur les intérêts
pétroliers d’Asie centrale. C’est apparemment un échec.
Dans les Etats
caucasiens, l’islamisme est un phénomène très récent, uniquement lié au
mépris viscéral des Russes pour les hommes du Sud. C’est ce qui a permis
aux Wahabites venus d’Arabie Séoudite de fondamentaliser en quelques
années des musulmans qui ne l’étaient nullement.
Le problème de
la Tchétchénie est différent. La première guerre de Tchétchénie s’est
soldée par une paix négociée par le général Doudaïeff, ancien général de
l’Armée rouge devenu président de la Tchétchénie, et le général Alexandre
Lebed. Cette paix négociée par deux hommes de coeur conscients de leurs
responsabilités, de l’âpreté des combats, était la conséquence prévisible
de l’entente quasi inévitable de ces deux militaires qui parlaient le
même langage et partageaient les mêmes valeurs. Cela a engendré un
sentiment de frustration chez Eltsine, qui n’a pas su résister aux
sirènes des grenouillages financiers des Américains. Ceux-ci, grâce à
leurs satellites géostationnaires, ont pu localiser avec précision les
émissions téléphoniques de Doudaïeff et en transmettre les coordonnées à
Eltsine, qui a ordonné son exécution par missile.
Au
Proche-Orient, la détermination à s’attaquer à Saddam Hussein procède à
la fois du soutien inconditionnel à Israël et de la recherche de la
mainmise sur les intérêts pétroliers de la région, réalisant à leur
profit une sorte d’hégémonie énergétique.
De même, la
présence américaine en Turquie et l’influence qu’elle exerce
politiquement sur le pays peut induire un bouleversement et un
renversement politique des alliances : face à l’anticulture
véhiculée par la politique américaine, on peut donc s’attendre à voir une
contre-culture islamique se manifester et s’affirmer avec de plus en plus
de force(2).
Propos recueillis par
Claude Timmerman
(1) On
retrouve cette idée dans les traditions les plus anciennes. En Chine,
l’empereur est le maître de cérémonie de l’union du ciel et de la terre.
Il trace, sur la terre, le sillon que la pluie céleste viendra féconder.
En Inde, la charrue est le symbole des vertus royales. Dans la tradition
celte, le roi fomoire Bres enseigne aux Irlandais l’art du labourage.
Rome naît d’un sillon tracé par Romulus.
(2) Cet
entretien a été réalisé huit jours avant les élections turques qui
allaient porter le parti islamique au pouvoir en Turquie...
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