Message d’Annelysdefrance, 17-11-2004.
Je reçois d'un ami que je sais royaliste mais qui
n'est pas (ou plus), que je sache, membre de VR, le message suivant que je
m'empresse de vous communqiuer à tous :
Je ne résiste pas à l'envie de vous envoyer la recension d'un livre original
que vous trouverez, ci-dessous. Il est tiré du N° 24 de POLITIQUE
MAGAZINE (7 rue Constance 75 018 PARIS TEL/FAX : 01 42 57 43 22.)
La Démocratie, le dieu
qui a échoué
par Yvan BLOT.
Un livre (1) est paru aux États-Unis qui suscite de nombreux débats dans les
milieux libertariens ( ultra-libéraux) et chez les économistes.
En France, le silence a été total jusqu'à présent : Le livre n'est pas
politiquement correct. Pensez, l'auteur prétend que la monarchie est de
loin préférable à la démocratie ! », et ce qui est nouveau, c'est que sa
démonstration est fondée sur la science économique. L'auteur Hans-Hermann
HOPPE, est un allemand, professeur d'économie, docteur de l'Université de
FRANCFORT sur le MAIN. Pour l'instant, il enseigne aux États-Unis, à LAS VEGAS,
à l'Université du NEVADA ; et vient d'écrire un livre qui fait grand bruit
outre-atlantique.
Sa thèse est la suivante : « Du point de vue de la science économique, une monarchie
est un régime où le pouvoir politique est privatisé dans les mains d'une
dynastie. Une démocratie est un régime où le pouvoir politique est nationalisé
ou collectivisé, donc remis aux mains du peuple. »
Les conséquences sont les mêmes que pour une entreprise privée. Dès qu'elle est
nationalisée, l'entreprise rentable se met à avoir des déficits (2). « Le roi,
parce qu'il est propriétaire a le souci, non seulement des revenus du pouvoir
mais aussi du capital. Il va donc faire des choix rationnels de bon père de
famille, en ayant en vue l'intérêt à long terme de la dynastie, et du pays. Le
chef démocratique élu, en revanche, n'est pas propriétaire. » Il n'est que
gérant pour cinq ans, soumis à réélection. Son intérêt est de maximiser
les revenus du pouvoir à court terme, pour plaire aux catégories qui vont le
réélire. Il n'a aucun souci du capital à maintenir ou à accroître. Pire encore,
si ce chef démocratique a des scrupules et ne joue pas le jeu politique par
souci du pays en longue période, il sera sans doute battu par un
démagogue sans scrupules à la prochaine élection.
En effet, pour HOPPE, le fait que le pouvoir soit ouvert à tous n'est pas
nécessairement un avantage. « La compétition n'est pas toujours un bien.
La compétition pour produire des biens est une bonne chose. La compétition pour
escroquer autrui est un mal. Or, la compétition électorale démocratique, qui
consiste à exploiter l'envie des plus nombreux contre les plus riches, est
moralement dégradante. ». HOPPE ne mâche pas ses mots. Pour lui, la démocratie
élève la préférence pour l'immédiat. Or, une forte préférence pour l'immédiat
caractérise les êtres peu civilisés. La civilisation suppose suffisamment de
discipline pour préférer un bien durable à long terme à une jouissance fugitive
à court terme. Or, seule la monarchie privilégie le long terme.
La monarchie est restée le régime dominant en Europe jusqu'à la guerre de
1914-1918 (3). Pour HOPPE, la monarchie naît naturellement de la croissance des
sociétés. « Certains hommes deviennent les protecteurs des autres et
finissent par fonder une dynastie royale. Par contre, comme les masses n'ont
pas d'ascendant naturel, les démocraties sont fondées sur la violence d'une
guerre et d'une révolution. » Les États-Unis ne font pas exception et
lors de l'indépendance américaine, nombreux furent les Anglais loyalistes à
être expulsés, et à être expropriés de leurs biens
Pour notre auteur, l'Europe a eu le choix au début du vingtième siècle entre deux modèles opposés : le modèle autrichien des HABSBOURG et le modèle démocratique américain. Les Français avec Georges CLEMENCEAU et les Américains avec Woodrow WILSON ont tout fait pour abattre l'AUTRICHE et les anciennes dynasties d'Europe centrale et de l'Est. Résultat : on a eu HITLER et STALINE (3).
Le XX ème siècle, siècle de la démocratie triomphante, a aussi été le siècle des républiques tyranniques fasciste, national-socialiste et communiste. La démocratie dérive naturellement vers le socialisme car il est intéressant électoralement pour le pouvoir de redistribuer les revenus en frappant les moins nombreux, c'est-à-dire les riches !
Depuis que la démocratie s'est installée en Occident, les signes de décadence, liés à la préférence pour l'immédiat se sont accrus. La criminalité et la délinquance n'ont fait que croître. La sécurité sociale a déresponsabilisé les individus. La famille a perdu sa valeur économique et la natalité s'est effondrée. Les moeurs se sont dégradées et une sous-culture de masse vulgaire a envahi les esprits. La démocratie favorise l'égalitarisme. Elle favorise l'immigration de mauvaise qualité et « l'intégration forcée », alors que les monarques, comme Frédéric II de Prusse ou Marie-Thérèse d'Autriche favorisaient une immigration de qualité. Il vaut mieux naturaliser un immigré qui vit de l'aide sociale et qui vote bien plutôt qu'un immigré génial pressuré par le fisc qui votera mal, écrit en substance HOPPE.
Quel avenir ? Pour HOPPE, la démocratie occidentale va s'effondrer un jour comme l'URSS l'a fait en 1989. Car elle mange le capital passé. La dette publique s'accroît sans cesse et les régimes sociaux sont menacés de faillite. La démographie, minée par la politique anti-familiale des classes politiques démocratiques, empêchera de financer les régimes sociaux. Et pour notre auteur, cela détruira la réputation de la démocratie et fera voir son vrai visage. Comment la remplacer ? HOPPE, en bon libertarien, rêve d'un monde sans État, composé de propriétaires associés. Si ce n'est pas possible, il préfère la monarchie. Il préfère aussi les petits États, comme le Liechtenstein, Monaco ou le Luxembourg, qui font moins de mal que les grands !.
(1) Democracy, le god that
failed ( La démocratie, le dieu qui a échoué), Hans-Hermann HOPPE. Transaction publishers ( New Brunswick . New Jersey . (USA 2002)
(2) NDLR : Heureusement que
ce n'est pas toujours le cas, quand même.
(3) NDLR : Il faut
rappeler que le principe révolutionnaire des Nationalités a été à l'origine de
la politique « utopique et aventureuse » ( Cours d'Histoire de Jules ISAAC et
Henri BEJEAN, classe de 3ème 1940), de Napoléon III, démocratiquement élu, en
décembre 1848, d'où sont sorties les guerres civiles européennes : la guerre
d'Italie ( 1859) contre l'Autriche, la guerre de 1870 contre la Prusse et les
autres États allemands.
Gérard de Villèle, le 18-11-2004.
Certains semblent intéressés par ce sujet. Il se
trouve que j'en ai traité dans le " dossier " de la rédaction paru
dans le bulletin de l'Alliance royale numéro 25 de ce mois. Peut-être y
aura-t-il quelques-uns qui le liront jusqu'au bout. A mon avis cela changera
beaucoup l'atmosphère.
Et Hoppe :
Nous avons l'habitude d'utiliser des écrits
d'auteurs royalistes pour appuyer notre argumentation politique. Pour une fois des
arguments, positifs, concernant la monarchie ne viennent pas d'un royaliste, ni
d'un monarchiste, mais d'un scientifique contemporain à l'étiquette
surprenante. L'économiste autrichien Hans Hermann Hoppe semble assez connu dans
les milieux libertariens ou libéraux. Il n'est que d'introduire son nom dans un
moteur de recherches sur internet pour s'en rendre compte. L'un de ses livres,
paru aux États-Unis : Democracy, the God that failed que l'on pourrait traduire
par : Démocratie, le dieu recalé, a suscité l'intérêt d'Yvan Blot, ex-cacique
du RPR et du FN, qui en a tiré le thème d'une conférence intitulée : La
monarchie est-elle plus efficace que la démocratie ?
Pour Hoppe, il semble que tout tourne autour d'un
principe : la préférence de l'immédiat et de son contraire, la préférence pour
le long terme, qui se manifeste à travers la propriété privée. La préférence
pour l'immédiat est mauvaise : elle caractérise l'attitude des adolescents pour
qui un besoin, ou prétendu tel, doit être, sans attendre le résultat d'un
effort, satisfait au plus vite : impulsivité, imprévoyance et désintérêt pour
ce qui n'est pas eux. En revanche, la propriété privée, qui suppose épargne et
investissement, est bonne, car elle implique une vision à long terme. Et Hoppe,
de définir la monarchie comme un gouvernement basé sur la propriété privée où
le roi, développant cette vision à long terme de ses intérêts s'efforce, par
exemple, de ne pas taxer ses sujets inutilement et de ne pas agir avec excès
pour maintenir sa légitimité. Le roi, en tant que propriétaire privé, ne peut
détruire sans danger pour lui-même la propriété des autres ; il y a solidarité.
La monarchie modère aussi la politique étrangère : le mariage est préférable à
la guerre pour accroître la propriété.
Pour Hoppe, en contraste avec la modération interne
et externe de la monarchie, le gouvernement nationalisé, propriété "
publique ", ou démocratie, est porté à l'excès. Le président d'une
démocratie se sert de l'appareil du gouvernement à son avantage, mais il n'en
est pas le propriétaire, il n'en est que le gérant provisoire. Il possède
l'usage des recettes de l'État, mais non son capital. Il va donc maximiser le
revenu courant en ignorant la détérioration du capital. Il utilisera donc les
ressources le plus vite possible pour consommer tout de suite. De plus, en
république, les gouvernés se croient gouvernants et sont donc moins vigilants.
Pour Hoppe, la démocratisation n'est donc pas un progrès pas plus que la
nationalisation pour une entre-prise. L'État taxe, s'endette et exproprie.
L'endettement, notamment, est préféré car il frappera le gouvernement futur :
il n'y a pas de solidarité entre gouvernants successifs. De même, la guerre,
qui fut soi-disant l'occupation des rois, a toujours été limitée en temps, en
investissement monétaire et surtout en hommes, jusqu'à la Révolution. Elle est
devenue totale, faisant plus de victimes dans la population que dans les armées
et elle atteint son paroxysme tout au long du vingtième siècle, pourtant le
siècle de la démocratie. En résumé, la monarchie est un gouvernement privatisé,
où l'intérêt du roi propriétaire est basé sur le long terme, la taxation
modérée et la guerre limitée. Quand le gouvernement est l'objet d'une
appropriation publique, démocratique et républicaine, les effets
anti-civilisateurs liés à une préférence excessive pour l'immédiat s'aggravent
: le capital est gaspillé, le court terme l'emporte, la vie sociale
s'infantilise, la brutalité augmente. La démocratie républicaine a conduit à
l'accroissement permanent des impôts, de l'endettement public et du nombre des
fonctionnaires. L'étalon or détruit, l'inflation a progressé, ainsi que le
protectionnisme. De plus, les institutions du mariage et de la famille y ont
été affaiblies, le nombre des enfants a baissé, le taux de divorces, d'enfants
illégitimes, d'avortements a augmenté. Le taux d'épargne a baissé malgré la
hausse des revenus. En comparaison avec le dix-neuvième siècle, le niveau
intellectuel des élites politiques s'est dramatiquement effondré, de même que la
qualité de l'enseignement public. Les taux de délinquance, de chômage,
d'assistance, de parasitisme, de négligence, de brutalité et d'impolitesse, de
psychopathie et d'hédonisme désordonné ont augmenté.
Les rois ne purent gouverner que parce que l'opinion
publique trouvait cela légitime ; de même le gouvernement démocratique dépend
de l'opinion publique. Il faut que cette opinion change, si l'on veut arrêter
ce processus de déclin de la civilisation. L'idée du gouvernement démocratique
sera un jour considérée comme immorale et politiquement impensable. Cette
déligitimation est nécessaire pour empêcher la catastrophe sociale qui
s'annonce. Ce n'est pas le gouvernement qui est la source de la civilisation,
mais l'institution de la propriété privée, la défense des droits de propriété,
des contrats et la responsabilité individuelle. Un gouvernement fondé sur la
propriété privée est donc nécessairement plus civilisateur qu'un gouvernement
dont la propriété a été collectivisée. Depuis 1918, le processus de collectivisation
s'est généralisé, tous les indicateurs d'exploitation du peuple par l'État sont
en hausse :
- pression fiscale : de 8 % en moyenne durant huit
siècles jusqu'en 1900, elle atteint plus de 50 % aujourd'hui ;
- endettement : en monarchie pas d'inflation. En
démocratie, comme dit Keynes, parfait démocrate : À long terme nous sommes tous
morts, pourquoi ne pas tolérer l'inflation ? ;
- famille : depuis l'arrivée de la démocratie, tous
les indicateurs de dysfonctionnement familial augmentent : baisse du nombre
d'enfants, stagnation de la population de souche, augmentation des divorces,
des familles monoparentales, des avortements. ;
- délinquance : Il apparaît à l'analyste, selon
Hoppe, que la montée du taux de criminalité ne peut pas être expliquée sans
référence au processus de démocratisation : préférence pour l'immédiat, baisse
de la responsabilité, relativisme moral promu par une législation mouvante,
fainéantise, manque de fiabilité, paresse, absence de courtoisie, brutalité. Il
y a un lien entre la préférence pour l'immédiat et la dégradation criminelle
des comportements, car pour gagner de l'argent honnêtement sur un marché, il
faut un minimum de prévoyance, de patience et de sacrifice. Le meurtre, le
viol, le vol, le cambriolage n'exigent pas cette discipline car la satisfaction
est immédiate et la punition éloignée et incertaine.
- droit : en monarchie, le gouvernement ne crée pas
la loi. Le droit privé général qui s'applique à tous. Le roi, comme un juge,
applique la loi préexistante. Ayant lui-même des droits subjectifs, il respecte
ceux des autres, même antérieurs à son autorité. Si un roi violait une
propriété privée, il remettrait en cause le titre qui le fait roi. Dès lors, on
ne change pas les droits des sujets sans leur consentement. Le droit privé
s'impose au roi. Au contraire, un gouvernement public fait émerger un droit
public orienté vers la redistribution. Son gérant se moque que la
redistribution réduise la productivité dans le futur, confronté qu'il est au
présent électoral et à la concurrence. D'où l'État providence. La
démocratisation de la loi entraîne l'inflation de la loi et sa dépréciation par
irrespect d'un droit commun qui change sans cesse. Le droit privé est perverti,
de façon totalitaire, par une législation et une réglementation galopantes. La
démocratie développe la collectivisation de la responsabilité individuelle.
Le déclin massif des taux de la natalité en Occident
correspond à la période démocratique d'après 1918, avec une chute plus grande
dans les années soixante, les plus " démocratiques " et égalitaires,
par la mentalité. Ainsi, le passage de la monarchie à la démocratie n'a jamais
été un progrès, mais au contraire une étape dans le déclin de notre
civilisation. L'héritage biologique et juridique, le choix sélectif du conjoint
et le mariage renforcent l'autorité naturelle de certaines familles dont les
membres, de conduite exemplaire, sont bien placés pour jouer le rôle d'arbitre
et de juge. De là, naît la monarchie de façon endogène. Ce qui est critiquable
peut être le monopole du pouvoir, mais non la noblesse ou l'élite en soi.
Mais la démocratie fait pire : elle prétend faire la
loi de façon constructiviste, elle détruit les aristocraties indépendantes avec
leur haute culture morale et spirituelle héritée. En démocratie, les nouveaux
riches n'ont pas de bon goût, ou de vertu spécifique, mais sont formés par la
culture de masse prolétarienne tournée vers le présent, l'opportunisme et le
matérialisme vulgaire. Cette élite-là n'a pas de raisons d'être respectée par le
peuple.
Selon Hoppe, aucune société libre ne peut éviter de
dégénérer en société de masse sans une aristocratie naturelle dirigée par des
ascètes de la civilisation d'une moralité exemplaire. La survie du monde libre
dépendra de notre capacité à produire un nombre suffisant d'aristocrates
dévoués à l'esprit public. En monarchie, c'est le prince qui décide si vous
pouvez participer au pouvoir. En démocratie, tout le monde peut, en théorie,
participer : on élit n'importe qui. En démocratie, il n'y a pas de privilèges
attachés à la personne, mais des privilèges attachés aux fonctions publiques.
Les privilèges, la discrimination et le protectionnisme ne disparaissent pas.
Au lieu d'être limités aux princes, ils peuvent être exercés par n'importe qui.
Le gérant interchangeable profite du monopole du pouvoir avec sa vision à court
terme et il est indifférent à la charge qu'il fera payer aux propriétés
d'autrui. Avec le roi, le droit privé demeure le droit supérieur. Avec la
démocratie, le droit public prédomine et mine le droit privé.
Le suffrage universel, combiné avec la loi de la
majorité, organise une compétition entre gérants qui vont faire des promesses
de type égalitariste à divers groupes sociaux pour se faire élire. La qualité
des hommes baisse, comme la vie qui perd en agrément. Plutôt que de favoriser
la production, la moralisation et la plus grande culture, la démocratie apporte
délinquance et mauvaises manières, corruption et décadence culturelle. La
compétition démocratique est mauvaise : aider A à s'associer à B pour voler C
au nom de la règle de la majorité, n'a rien à voir avec la justice : c'est en
quoi la démocratie est non seulement antiéconomique mais carrément immorale. La
sélection d'un prince n'est pas parfaite, mais il est élevé à préserver la
dynastie. S'il est très mauvais, la famille interviendra et l'entourage
immédiat prendra soin de l'État. C'est pourquoi un roi n'est jamais un Hitler
ou un Staline mais, ou bien un homme de qualité, ou bien, au pire, un
dilettante. Par contraste, la sélection de l'homme politique par voie
électorale exclut presque qu'un homme honnête ou neutre parvienne au sommet.
Seul le démagogue sans inhibitions morales arrive à se faire élire président. Le
gagnant est celui qui promet le plus. Résultat : Toujours plus de taxes et de
dettes, toujours plus de législation et de réglementation, la corruption et
l'arrogance en plus !
Oser dire que la démocratie est dans ces conditions
le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple est une véritable
escroquerie. Puis Hoppe (et Blot) s'attardent à décrire la perversité du
socialisme qu'il soit communiste, fasciste, nazi ou simplement social
démocrate, sur un plan économique et politique. Les socialistes du dix-neuvième
siècle n'avaient pas tort en disant qu'ils voulaient compléter sur le plan
économique ce qui a été fait par la Révolution française sur le plan politique.
C'est encore, et toujours, la droite piégée !
L'immigration suscite quelques remarques de bon
sens, comme celle-ci : dans une société sans État et où il n'y aurait que des
propriétaires privés, les problèmes d'immigration n'existeraient pas, chaque propriétaire
ayant la liberté d'exclure de sa propriété qui il veut. Hoppe affirme : pour
abolir le phénomène migratoire incontrôlé, il faut abolir la démocratie. Plus
précisément, le pouvoir d'admettre ou d'exclure ne devrait pas être dans les
mains du gouvernement central, mais être donné aux communes, voire même aux
propriétaires privés et à leurs associations de quartier. En Suisse, par exemple,
les assemblées communales, et non le gouvernement, sont compétentes en matière
de naturalisation. Ou encore : On pourrait imaginer aussi que chaque étranger
admis soit parrainé par un citoyen prêt à l'admettre chez lui si nécessaire et
prêt à payer pour tout dommage accompli par cet étranger sur le sol national.
Hoppe, en économiste libertarien, c'est-à-dire in
fine, partisan d'une société de libres propriétaires, mais responsables et
tournés vers l'avenir, en arrive à conclure que l'esprit conservateur et
l'esprit libertarien sont complémentaires. Car, un conservateur est quelqu'un
qui croit en l'existence d'un ordre naturel qui correspond à la nature des choses
et à la nature de l'homme. [.] Cet ordre naturel est ancien et il est éternel.
Pour Hoppe, la famille, la propriété, la hiérarchie
font partie de cet ordre naturel. Les conservateurs, et plus spécifiquement,
les conservateurs helléno-chrétiens du monde occidental doivent avant tout défendre
la famille, les hiérarchies sociales car les tenants de l'autorité matérielle,
intellectuelle et spirituelle émergent des relations familiales et de la
parenté. Ces conservateurs doivent selon lui se rallier aux idées
libertariennes.
Et Hoppe de dire : La démocratie a perverti le
conservatisme en faisant croire que la suppression des phénomènes contraires à
l'ordre naturel (destruction des familles, de l'autorité, délinquance etc.)
suppose un recours croissant à l'État. Ce conservatisme-là croit qu'il suffit
de "volonté politique " pour résoudre les problèmes, mais ignore les
lois économiques et les lois du comportement humain. C'est l'État, avec sa
législation sociale, qui est responsable du déclin de la famille et de la
régression mentale et émotionnelle des adultes à l'état d'adolescent.
Selon Hoppe, la pensée libertarienne véritable est
très proche de celles des vrais conservateurs : Si les conservateurs
s'intéressent à la famille, les communautés, la hiérarchie et l'autorité, et si
les libertariens s'intéressent aux droits de propriété et à leur gestion, ils
s'intéressent tous au même objet : l'action humaine et la coopération. Famille,
autorité et hiérarchie sont les concrétisations des concepts de propriété, de
production, d'échange et de contrat. La désintégration familiale et le déclin
moral et culturel déploré par les conservateurs sont le résultat de la
destruction des bases économiques des ménages par l'État providence.
Si Hoppe admet que beaucoup de libertariens ont
combiné l'anti-étatisme avec des idées culturelles de gauche et un hédonisme
débridé, se faisant les défenseurs de l'infantilisation émotionnelle et du
retour à la barbarie ; que le relativisme moral et l'égalitarisme
antiautoritaire sont des traits mentaux provisoires de l'adolescence, il
affirme que les idées libertariennes ne consistent pas à tolérer n'importe quoi
et que les milieux nihilo-libertariens anti-autorité, apôtres de la contre-culture
sont des imposteurs ! Car, dans une société civilisée, le prix à payer pour un
mauvais comportement est l'expulsion, les individus pourris étant mis à l'écart
pour protéger les individus honnêtes. Cette exclusion décourage les mauvais
comportements et en accroît le coût. Si cette règle est brisée, les gens
malhonnêtes et mal élevés prolifèrent. Les résultats sont visibles : toutes les
relations sociales, professionnelles ou privées sont de plus en plus
égalitaires et le degré de civilisation diminue. L'identité de chacun se réduit
à son seul prénom !
Pour Hoppe, la communauté est menacée par
l'égalitarisme et le relativisme culturel. L'égalitarisme est incompatible avec
l'idée même de propriété individuelle qui implique l'exclusivité, l'inégalité
et la différence. Le relativisme culturel est incompatible avec des relations
familiales normales. Égalitarisme et relativisme sont des armes pour échapper
aux contraintes d'une société normale. L'égalitarisme est basé sur cette idée
infantile que la propriété est " donnée " plutôt que produite et
acquise par le travail productif. C'est l'arme intellectuelle des jeunes
rebelles adolescents qui veulent des ressources économiques gratuites pour
mener une vie " libre " de toute discipline familiale.
Il paraît difficile d'imaginer une société de libres
propriétaires sans État comme Hoppe le souhaite. Mais, il dit lui-même que dans
l'histoire, la forme la plus naturelle du pouvoir est la monarchie parce
qu'elle émerge naturellement du besoin de protection et qu'elle est incarnée et
non abstraite. Peut-on revenir à la monarchie, c'est-à-dire reprivatiser l'État
? Cela paraît difficile a priori mais ce serait une erreur de croire que
l'histoire ne peut pas prendre de tournants imprévus. Qui a cru Andreï Amalrik
quand il fit paraître en 1977, L'Union Soviétique survivra-t-elle en 1984 ? Il
ne s'est pourtant trompé que de cinq petites années. La démocratie occidentale
n'a pas de raison d'être éternelle. Hoppe explique pourquoi la démocratie va
s'effondrer sous le poids de ses dettes et des dépenses sociales accompagnées
de l'effondrement démographique produit par la destruction des valeurs familiales.
Finalement, on peut imaginer un régime monarchique
politiquement, libéral économiquement et conservateur sur le plan culturel et
moral. On peut aussi imaginer un pouvoir exécutif monarchique réel (et non purement
formel comme dans les monarchies européennes sociales démocrates), un Parlement
élu, avec une représentation sincère, et des référendums populaires coexistant
harmonieusement. Un tel régime existe en Europe : c'est celui de la Principauté
du Liechtenstein !
Et sa présentation (plus courte, nettement plus
courte) sera pour le
prochain numéro.
Une coproduction
Blot, Hoppe & Villèle