Non à la réhabilitation de Louis XVI ?
<<<Ce
pauvre roi et sa stupide épouse, par leur lâcheté, leurs hésitations et leur
scrupules sont à mes yeux les responsables directs des millions de victimes de
la terreur républicaine. >>>
Réponse d’Annelysdefrance
du 6 décembre 2005 :
Votre réaction est très proche de celle des
tenants du "politiquement correct" pour lesquels ce sont toujours les
victimes qui sont à blâmer.
Ce "pauvre roi" était en fait un
homme remarquable de culture et même de science (lisez donc "Louis XVI a
la parole" de Paul et Pierrette Girault de Coursac
pour vous faire une idée de sa pensée personnelle au lieu de répéter les lieux
communs de l'école républicaine.
Il a eu le malheur d'être mal conseillé au
début de son règne (n'oubliez pas qu'il n'avait alors que vingt ans et avait
subi l'éducation du duc de Vauguyon qui, écrit J. Fr.
Chiappe dans son "Louis XVI", préparait "solennellement un
prince d'hier à régner sur la France de demain". "Il faudra",
dit l'historien, "plus que de l'intelligence à Louis-Auguste
pour éloigner les méfaits d'une telle formation.") et
de commettre la gravissime erreur de rétablir les parlements que son grand-père
Louis XV avait eu les pires difficultés à supprimer. Toutes les difficultés du
règne sont parties de là, de la fronde "janséniste" d'une partie du
clergé, et aussi, et peut-être surtout, du rôle infâme joué par le duc
d'Orléans (le futur "Égalité") dont jamais le roi ne voudra croire
qu'il le trahissait... La déchristianisation sournoise d'une partie de la
France et de l'Europe à cette époque a sans doute joué un rôle important, tant
les révolutionnaires avaient le catholicisme en haine, et considéraient, à
juste titre, le trône comme le plus ferme soutien de l'autel.
Il est facile de récrire l'histoire après
coup et d'imaginer que si Louis XVI avait fait tirer sur la foule le 14 juillet
(encore eût-il fallu qu'on l'eût prévenu en temps et heure, car il était à la
chasse d'où il revint bredouille, d'où la mention dans son carnet de chasse
"Rien" que l'histoire républicaine fustige comme signe de sa
bêtise...) la Révolution se serait éteinte dans l'oeuf. Rien ne le prouve. La
foule en question était composée en grande partie de va-nu-pieds et de
brigands, payés par le duc d'Orléans, et quand on voit, aujourd'hui, qu'il
suffit que deux enfants se tuent par imprudence en pénétrant dans un
transformateur électrique pour non seulement soulever quelques dizaines
d'émeutiers du même tonneau que ceux du 14 juillet, mais surtout pour faire
approuver cette insurrection par une partie notable de l'opinion publique, on
ne peut vraiment pas être certain que des morts dans le "peuple"
auraient été accueillies sans révolte par le peuple véritable, lequel, sans que
le roi y fût pour rien, souffrait de la cherté du pain (laquelle inquiétait la
"stupide épouse" du roi dès le soir du sacre, qui écrivait à sa mère
le soir même : "J'ai fait de mon mieux pour répondre aux empressements du
peuple. C'est une chose étonnante et bienheureuse chose, en même temps, d'être
si bien reçue malgré la cherté du pain". Stupide, vraiment ?
Peu instruite, certes, des intrigues et
méchancetés de la Cour de France, elle qui avait été élevée dans la sérieuse et
pudique cour de Marie-Thérèse. Ce qui devait la conduire à être la victime, non
par stupidité mais par innocence, des intrigues de l'affaire du Collier. Bien
entendu, cette affaire n'a pas été gérée au mieux. Mais qui peut dire comment
il aurait fallu la gérer pour ne pas attiser les rumeurs que, dès le début du règne,
le futur Louis XVIII (lequel, au soir du sacre, écrivait : " Me voilà
condamné pour la vie à ne plus agir d'après moi-même ; car à l'avenir mon
devoir est de toujours mettre mon pied dans la place dont le roi, mon frère,
vient d'ôter le sien ") et le duc d'Orléans, jouant tous deux un rôle d'Iznogood-qui-veut-être-calife-à-la-place-du-calife, avaient
fait circuler sous la forme de chansons si ignobles qu'il est impossible à une
"plume honnête" de les reproduire, et qui ne reposaient sur aucun
fondement (voir Chantal Thomas, La reine scélérate, Marie Antoinette dans les
pamphlets, collection " Points ", Paris, 1989).
Dès 1775, la jeune reine écrit à sa mère :
" Nous sommes dans une épidémie de chansons satiriques. On en a fait sur
toutes les personnes de la cour, hommes et femmes, et la légèreté française
s'est même étendue sur le roi. Pour moi, je n'ai pas été épargnée. "
Pourtant la jeune reine ne croit pas à la nocivité de ces chansons et libelles.
L'impératrice, sa mère, a bien tenté de la mettre en garde : mais en vain. La
jeune reine a trop confiance dans la puissance de la royauté, le respect dont
on l'entoure, bien que, de ces pamphlets aussi haineux que salaces, elle trouve
des exemplaires soigneusement déposés partout où elle va. La police, cependant,
les prenait au sérieux mais s'avérait incapable, malgré l'interdiction de les
imprimer dans le royaume, d'en arrêter la circulation. La rancoeur du comte de
Provence se fait plus aigre avec la naissance des enfants du roi et de la
reine, qui l'éloignent encore du trône. Il n'est donc
pas étonnant que bon nombre de pamphlets dénoncent le comte d'Artois, le futur
Charles X, comme père de ces enfants. Il s'agit en effet, ni plus ni moins, de
faire répudier la reine en faisant croire que ses moeurs libidineuses sont une
menace pour la royauté.
Ces libelles, d'origine " royaliste
", si l'on peut dire, sont suivis en peu de temps de libelles
antiroyalistes. Il ne s'agit plus, alors, de défendre l'honneur du roi et de la
couronne contre une Messaline, mais d'attribuer à celle-ci les pires crimes et
les pires desseins contre la nation et le peuple, et d'en faire la seule,
l'unique responsable des malheurs de ceux-ci, par des vols et des rapines comme
par des mours scandaleuses, celle qui "
prostitue les lys ".
On se demande comment la reine aurait pu se
défendre adroitement de telles abominations, dont on a vu le fruit lors de son
procès. On sait en revanche qu'à ce moment, elle s'en défendit avec une
certaine adresse ("J'en appelle à toutes les mères") ce qui contredit
la réputation de stupidité qu'on lui fait trop facilement.
Pourquoi donc ajouter vos calomnies aux
calomnies révolutionnaires et ripoublicaines ? Le roi
et la reine n'ont donc, à votre goût, pas été assez vilipendés par leurs
adversaires, n'ont-ils pas assez souffert ?
Cordialement
Anne
<<<C'est
lui qui a convoqué les Etats généraux, >>>
Réponse d’Annelysdefrance
du 7 décembre 2005 :
et qui a eu parfaitement
raison de les convoquer. L'erreur vient de ses prédécesseurs qui ne les avaient
plus convoqués depuis 1614, c'est à dire que depuis un siècle trois-quarts la
population, nobles, clercs et habitants des villes et des campagnes n'avaient
plus de relais auprès du roi. Effectivement, une fois le couvercle ôté de sur
la marmite laissée trop longtemps sous pression, cela s'est mis à bouillonner.
L'erreur de Louis XVI n'a pas été de
convoquer les États généraux : c'est, alors qu'ils n'avaient pas été convoqués
depuis un siècle trois-quarts, de les convoquer dans la forme même où ils l'avaient été la dernière fois,
pérennisant ainsi des situations archaïques qui n'ont pas été supportés.
Si la préparation des EG avait été bien
faite, les élections ne se seraient pas faites de la même façon, les robins et
autres gens de loi ne se seraient pas taillés la part du lion dans la
représentation du Tiers. La rédaction des cahiers de doléances aurait été plus
sérieuse, et surtout la fusion des cahiers de paroisses ... On se serait gardé
de donner aux Trois États la même représentation etc. Oui,
mais tout cela nous le voyons après coup, ce n'apparaissait pas à l'évidence
aux gens du temps qui ont cru que les EG ayant représenté correctement les
peuples de France jusqu'au début du XVIIème siècle,
il n'y avait qu'à continuer sur la même erre...
Quant à "se laisser traîner de
Versailles à Paris", j'aurais voulu vous y voir. Le seul résultat d'une
résistance du roi en octobre, pour éviter d'être "traîné à Paris"
aurait été vraisemblablement que le roi, la reine, les enfants royaux et tous
ceux qui leur étaient restés fidèles auraient été écharpés, déchiquetés par la
foule de mégères en colère. On dirait que vous ne savez pas ce que c'est qu'une
foule en colère. Et, depuis le 14 juillet, le roi savait qu'il ne pouvait pas
défendre Versailles (qui n'est pas défendable) et qu'il n'était pas sûr de
celles de ses troupes qui étaient au voisinage de Paris. Il n'avait donc aucune
chance de réussite. On ("on", c'est en particulier Necker) l'avait
invité, sous des prétextes budgétaires, à licencier les seules troupes dont il
puisse être sûr, les mousquetaires noirs et gris, les gendarmes de
Lunéville.... Il n'avait que six cents
hommes en tout.
Dans l'autre camp, les garde-françaises
s'étaient déguisés en femmes "pour appuyer le mouvement en lui conservant
son caractère d'innocence", et joints au cortège apparemment paisible des
dames de la Halle, mais s'ils ne
portaient pas d'armes visibles, derrière eux venaient des porteurs de piques et
de fusils, volés à l'hôtel de ville de Paris. Comme le dit Chiappe "tous
ces braves n'étaient pas des catins et des voleurs, mais toutes les catins
et tous les voleurs étaient là."
Quant à Lafayette, menacé il est vrai d'être pendu au plus proche réverbère, il
prit la tête de la garde nationale qui décida d'accompagner le cortège : il y
avait alors, selon Rivarol, environ dix-huit mille hommes armés, plus les
femmes, femmes véritables ou hommes déguisés et d'ailleurs armés sous leurs
jupons.
.
Après coup, on peut penser que Louis XVI
aurait dû quitter Versailles, si vulnérable, pour se rendre dans une ville
fidèle, au moins à Rambouillet, comme on le lui conseilla, et s'y retrancher.
Oui, mais là encore c'est une vision après coup... Le coup de force des mégères
et des racailles de Paris sur Versailles était dans l'esprit du temps,
imprévisible et impossible.
Oui, Louis XVI voyant cette troupe précédée
de femmes (procédé révolutionnaire qui a connu depuis une vaste fortune, si ce
n'est que maintenant aux femmes on substitue des enfants, mais qui à l'époque
était une nouveauté absolue), s'écria "Tirer sur des femmes, vous n'y
pensez pas !" et Necker, l'illustre Necker, coqueluche des pré-révolutionnaires et depuis des Ripoublicains,
le convainquit que cette troupe féminine était sans danger, d'autant que La Fayette, déclara-t-il, venait au secours du roi (alors
qu'en fait il avait joint ses troupes aux hordes révolutionnaires). Était-il
même encore temps de fuir Versailles ? ce n'est pas
sûr.
Et j'aurais bien voulu vous y voir aussi pour
"organiser la résistance dans le royaume alors que, bien avant Varennes,
le roi était prisonnier aux Tuileries et n'avait plus aucun contact avec
d'autres que la petite Cour qui lui était restée et les Révolutionnaires. C'est
bien pour cela qu'il a voulu fuir, non pas la France, mais les Tuileries et
Paris, pour rejoindre une armée FRANCAISE en FRANCE et non pour se rendre à
l'étranger.
Cordialement
Anne
de Pourceaugnac, le 7
décembre 2005 :
Merci à tous ceux qui prennent comme moi le
sujet à coeur.
Avec Bertrand Lambert, je continue de penser
que Louis XVI a failli. Que ce soit la faute d'Orléans, de Necker, de Provence,
de Mottier, de la noblesse, du clergé : OK
Il était trop confiant et mal entouré. J'ai
peur que sois gentiment dit la même chose que : manque de sens politique et de
jugement sur les hommes.
D'accord avec Montgarnaud
qu'il a expié lourdement ses fautes. Mais à mes yeux ça ne suffit pas pour en
faire un exemple. Ni pour le porter sur les autels.